AIMER UN ABUSEUR POUR LA VIE : EST CE LOGIQUE ?

Par le 28 avril 2017
Verne Ho

Qu’est-ce qui pourrait bien pousser certaines personnes à aller s’amouracher avec des pervers narcissiques ou autres abuseurs ?

Je pose cette question parce que certains s’interrogent et ils ne comprennent pas pourquoi une telle chose peut arriver… Comment des gens qui paraissent si cohérents, si intelligents, peuvent-ils continuer à subir de telles violences psychologiques sans rien faire ?

Certains peuvent juger de telles situations.

Il m’est arrivé d’entendre de telles phrases : «mais pourquoi ces personnes sont-elles restées dans des relations si violentes psychologiquement. Elles n’avaient qu’à partir?! C’est simple pourtant, non ? »

Mais si c’était si simple, cela se saurait !

Je vais vous dire pourquoi ces personnes-là restent ! Et je peux vous assurer que si vous aviez vécu la même chose, vous feriez exactement la même chose.

Les raisons qui conduisent à s’amouracher d’un abuseur sont souvent à aller chercher dans l’enfance,  à un moment où toutes les formes d’abus peuvent avoir des conséquences immenses sur toute une vie.

Car oui ceux qui restent dans ce genre de situations de violences psychologiques sont souvent les victimes d’abus dans l’enfance… Mais ce ne sont pas forcément des abus physiques, qui se voient et qui se conscientisent. Et c’est d’ailleurs ce qui rend les choses encore plus difficiles à guérir. Car l’insidieux, le non palpable ne peut pas se nommer ni même se dire ni même se voir. Les violences sont senties, mais pas identifiées, si bien que la personne n’arrive pas à  passer à autre chose ou à faire le deuil de cette situation. D’où la reproduction du schéma initial à l’infini, jusqu’à ce qu’enfin l’abus soit reconnu. Et ces personnes ont souvent besoin de vivre des choses très violentes pour enfin sentir que quelque chose cloche !

Car ce sont le plus souvent des abus qui n’ont pas de forme ni de texture et que l’on ne peut pas identifier clairement. D’où la difficulté de s’en défendre.

Et quel est l’impact de cette forme d’abus vécue enfant sur une vie ?

Certaines personnes vivent un abus depuis toujours et elles ne s’en rendent pas vraiment compte. Ce genre d’abus devient inconscient et de ce fait, cet abus s’installe dans la structure même de la victime.

Ce sont des abus quotidiens qui deviennent normaux, puisqu’ils font partie de la vie de la personne et de son histoire. Cette forme d’abus devient la personne et la personne devient l’abus.

Et pire, elles peuvent même confondre cet abus avec de l’amour.

Ce sont des petites phrases assassines distillées avec un enrobage d’amour, des discours contradictoires comme des phrases d’amour dites en même temps qu’une action de rejet posée ou des phrases d’amour habitées par une émotion de haine.

Si bien que plus tard, devenu adulte, toutes les formes de ce que l’on croit être de l’amour peuvent tuer l’identité de l’être, sans qu’il s’en rende compte.

La personne se retrouve alors irrémédiablement exsangue, fatiguée et ruinée sans qu’elle d’où cela vient. Tout cela parce qu’elle ne se sent plus – trop habituée à sentir l’autre – pour se défendre plutôt qu’elle-même.

Et tous les liens que cette personne va tisser plus tard se termineront tous irrémédiablement de la même manière.

L’autre deviendra fort et l’identité de la victime mourra à petit feu.

Cet abus, vécu en premier lieu enfant, est une sorte d’emprise psychologique qui empêche souvent d’exister, de se sentir, de se défendre.

Une espèce de pouvoir exercé sur l’identité de l’enfant, dont la seule issue est de faire le dos rond, de se recroqueviller, de disparaître ou de faire comme si de rien n’était, voire de sourire alors que le fond de son être devrait rugir.

Dès que quelque chose ne va pas, il met un écran de fumée pour ne pas sentir et il ne sait plus comment se respecter. Ce petit être sensible (sensibilité qui est le propre de l’enfance) capte qu’il faut se taire et il laisse faire.

Puis l’être sensible arrête de sentir. Car cela fait trop mal… et il grandit… et il se barricade pour se protéger. Il répond aux attentes de l’abuseur pour ne pas subir ses assauts psychologiques. Et il finit par garder les mêmes mécanismes de protection dans la fuite et le déni devenu adulte. Le déni, la fuite de son senti et de sa base, deviennent une seconde nature. Il devient alors l’ombre de lui-même.

Et, cet être devenu grand, recherche inconsciemment la même situation. La seule qu’il connaisse. Il se remet dans le seul lien d’amour-abus qu’il a connu, espérant inconsciemment une réparation qui ne viendra jamais.

Il devient attiré par les abuseurs, les pervers, les manipulateurs… Et il reproduit ce schéma inconscient toute une vie.

Cet abus est si insidieux qu’il fait partie de son quotidien. Le seul qu’il connaisse. Cet abus n’est pas vraiment incarné car la violence est tranquille et douce. C’est ce qui conduit à des dégâts immenses car la violence n’est pas palpable, pas nommée. Elle peut même prendre, quand la personne aura grandi, l’allure d’un beau prince charmant que tout le monde encense, alors que la victime meurt à petit feu.

Cet abus, c’est comme un poison qui serait distillé dans les veines, mais à petit feu. Poison dont il est dit qu’il est donné pour le bien, par amour.

Et ce petit être finit par croire à cette forme d’amour, alors même que ce poison le détruit.

Voilà ce qu’exerce l’abus sur l’identité. Il rend docile et victime. Il empêche de connecter la rage salutaire pour sortir d’une situation destructrice. Pourtant, cette rage permettrait de poser juste le mot « non ! ».  Elle permettrait de dire : « Ce qui se passe n’est pas acceptable pour moi ! »

Mais ce « non », l’adulte ne le sent pas. Ou même s’il est senti, il est cru trop dangereux à poser. Ce « non » est la seule chose à faire pour son salut, mais il est jugé comme trop risqué, car il conduirait, selon sa croyance, à la perte de l’autre qui est selon lui la seule chose qui lui reste.

La stratégie pour s’en sortir est alors de faire des grands sourires aux abuseurs ou de battre en retraite … alors même que l’identité est bafouée, le territoire empiété, les ressources spoliées.

Voilà comment on devient la proie des manipulateurs, pervers et autres abuseurs.

Comment transformer cela ? Parce qu’il y une issue !!!

Ce qui est, je crois, de la responsabilité des victimes pour changer, c’est de revenir dans leurs territoires intérieurs, dans leur corps, pour à nouveau sentir, plutôt que d’être dans les baskets des autres…

Les victimes, c’est un fait, souvent ne sentent plus leurs limites, elles envoient des écrans de fumée pour ne pas sentir, elles ne sentent plus leur identité, leurs racines, elles ne savent plus s’aimer, elles peuvent même chercher l’approbation de celui qui les détruit, pensant que cela va les sauver. Sacré syndrome de Stockholm !

De quoi doit comprendre une victime d’abus ?

  • Un démon est tapi au fond de son ventre et il gouverne sa vie à son insu. Au fond de son corps sont tapies des émotions enfouies et des désirs écrasés qui pourraient la libérer, mais, elle ne les sent pas ! Elle en a peur. Alors, elle les nie. Elle les écarte si jamais elles pointent le bout de leur nez car ces émotions feraient trop mal. Elle les pense bien trop risquées, alors qu’elles sont son carburant. Elles sont la voie vers son identité à retrouver. Elles sont le chemin vers sa juste place…
  • C’est grâce à ses émotions qu’elle pourra sentir le mot « J’EXISTE » ; et que l’autre pourra capter qu’il ne peut pas lui marcher dessus et la spolier sans la VOIR, car se sont les émotions qui vibrent dans le corps ; et ce sont elles qui entourent le corps d’une protection énergétique.

Par exemple :

Une vraie tristesse peut donner à la victime l’information qu’elle a besoin d’être cajolée et nourrie et elle peut lui permettre de conduire des actions qui vont dans ce sens plutôt que de se coller à ceux qui la détruisent. Mais, elle ne la ressent pas. Elle ressent à la place de l’abattement, de l’écroulement mais pas de la tristesse car la vraie tristesse libère.

Une colère et une rage peuvent lui donner l’information que son identité est bafouée. Cela pourrait l’aider à poser ses limites pour partir d’une situation destructrice mais, là encore la victime, ne la ressent pas ou pas assez fortement pour l’aider à partir. Elle capte plutôt l’émotion de l’autre et cherche à se faire apprécier de lui pour enfin être aimé et réparer le préjudicie subi enfant, ou pour se protéger.

La victime devient comme vide d’émotions, inexistante, elle est chez l’autre plutôt que chez elle. Il lui faut retrouver ses pieds.

Son salut, parce qu’il y en a un, va passer par la réappropriation de son corps, de son énergie et de son identité pour de nouveau sentir et exister, pour ne plus être parasité. Elle va passer par la prise de conscience de sa responsabilité d’avoir fui son corps et ses émotions qui sont un véritable GPS et un vrai trésor.

Seul son corps lui donnera les informations justes pour poser les actes nécessaires à la naissance de son identité bafouée !

Et une vraie renaissance pourra avoir lieu…

Le « j’existe » senti dans ses tripes est le point de démarrage pour savoir s’aimer ; pour aller vers les personnes qui la nourrissent.

« Le corps est sa maison. C’est son territoire.
Pour ne plus être squatté, il convient de l’habiter »

CAROLINE GAUTHIER 

Auteur du Roman initiatique à succès « Au Nom du Corps »

Formation en Ligne «  Vivre sa Nature »

Pour plus d’articles: www.aunomducorps.fr

D’autres textes en vidéo sur YouTube « Au Nom du Corps »

À propos de Caroline Gauthier

8 commentaires

  1. Fabre

    28 avril 2017 at 8 h 06 min

    Tellement vrai tout ça.
    Merci Les A.A. et leur programme de rétablissement, merci le jeu de clown, merci les gens qui m’Aiment et les autres, merci moi : J’en suis enfin sortie.
    ça demande beaucoup de temps. Mais c’est possible.

    • Caroline Gauthier

      28 avril 2017 at 10 h 12 min

      bravo pour cela

  2. [email protected]

    28 avril 2017 at 9 h 09 min

    ….simple, impossible de parvenir à s’en libérer SANS « SE » CHOISIR ! Arrive un moment où plus rien ne crée barrage à ce choix ultime, de là une paix tout en douceur s’installe, notre décision est des plus concrète, aucune moindre envie de reculer …. suis redevenue dans ma spontanéité, mon sens de l’humour est revenu solidement, sens l’appréciation marquée de mes différents entourages, epanouie, tres souvent on me parle et de mon regard lumineux, de mon sourire, et de mon rire des plus communicatif …. c’est normal ….. c’est cexque l’on appelle l’effet boomrang … Excellente joyrnée à tous …. specialement à toi qui vit cet emprise …

  3. suzanne duchesneau

    28 avril 2017 at 9 h 12 min

    ….simple, impossible de parvenir à s’en libérer SANS « SE » CHOISIR ! Arrive un moment où plus rien ne crée barrage à ce choix ultime, de là une paix tout en douceur s’installe, notre décision est des plus concrète, aucune moindre envie de reculer …. suis redevenue dans ma spontanéité, mon sens de l’humour est revenu solidement, je sens l’appréciation marquée de mes différents entourages, épanouie, très souvent on me parle et de mon regard lumineux, de mon sourire, et de mon rire des plus communicatif …. c’est normal ….. c’est ce que l’on appelle l’effet boomrang … Excellente journée à tous …. spécialement à toi qui vit cet emprise …

    • Caroline Gauthier

      28 avril 2017 at 10 h 12 min

      merci pour ce partage …

  4. Elyse

    28 avril 2017 at 9 h 26 min

    Cela me ressemble beaucoup

    Moi qui me croyais forte, indépendante, propriétaire d’un immeuble à revenu, motarde, ingénieure, voyages d’affaire, 12 ans passées dans un milieux d’hommes, de l’argent, vie réussi !

    À 33 ans, je trouve ce que je crois etre l’homme de ma vie et c’est là que tout déboule.
    12 ans de ma vie en couple avec deux beaux jeunes enfants et une méga-dépression plus tard.
    S’il m’avait frappé, cela aurait été plus clair, je serais parti depuis longtemps.
    Mais c’est tellement insidieux.
    Jamais assez pour commencer une chicane (le fâcher), mais toujours une roche de plus dans mon sac.
    Et oui, je suis forte, j’ai tenu 12 ans avant de trouver la vie si lourde que j’ai dû aller voir une thérapeuthe.

    Merci ma thérapeute de m’avoir appris à ressentir.
    Tu as changé ma vie.

    • Caroline Gauthier

      28 avril 2017 at 10 h 11 min

      oui… sacré parcours que celui là. merci du témoignage

  5. berthelot camille

    29 avril 2017 at 18 h 44 min

    MERCI POUR CES LECTURES ENRICHISSANTES ET FACILE…. en effet simple et clair, vos petits textes, je les lis, celui là me touche particulièrement, car je viens de vivre une relation « expérience  » très difficile et perverse limite sadique en amour…mais pire que cela elle m’à mit en face en miroir de la même relation « presque » que j’ai avec ma mère depuis 37 années.et seulement maintenant, grâce à celle de l’amour destructeur, je prend conscience que l’amour de ma mère est le même, destructeur et pervers. J’ai une tristesse énorme, une grande dépression cette année car j’essaye de montrer que j’existe, que j’ai mes propres choix, pensées, désirs, ma propre voix, et le droit de dire NOn…mais je dois tout accepter et faire la gentille pour ma mère, car on en à qu’une,et c’est ma seule famille…mais, j’ai toujours voulu qu’elle meurs…c’est horrible à dire, et je ne sais pas si ça arrive à beaucoup d’enfants…mais ma mère à toujours été la personne qui ne m’à pas donner d’amour, ni de protection…je suis l’inverse d’elle, heureusement. Mais,je ne veux pas perdre ma mère, l’unique, pourtant je la trouve très méchante depuis toujours et j’ai vécue des crises, des souffrances, des chaos interne, j’essaye de lui dire, mais elle est dans le déni et dans le mensonge, dans la maladie mentale, et elle met tout sur la maladie, elle à toujours cette excuse, et j’ai cru, je crois encore que c’est la maladie, puisqu’elle dis ça..je voudrais vraiment qu’elle assume que ce n’est pas la maladie mais une perversion, un comportement « bizarre » je ne trouve pas les mots…quand je lui ai dis que notre relation n’allait plus avant hier, elle m’à répondu il faut perces l’abcès , et aujourd’hui elle à fait comme si rien…je lui ai répondu que notre relation n’était pas un abcès et je ne sais plus comment faire ou lui parler car cela fais 37 ans que j’essaye mais c’est de pire en pire année après année… VOUS M’aidez merci par vos lectures et pourtant je uis calée en psycho, vue la vie que j’ai eut, et je me suis dirigée vers le métier d’éducatrice spécialisée…j’ai survécu,et pourtant mon cœur saigne,et cette année, je suis entrain de m’écrouler, seule, dans un désarroi immense.

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