L’AFFIRMATION DE SOI CHEZ LES TOUT-PETITS

Par le 12 novembre 2014

Au restaurant, dans la section des jeux pour enfants, je vois une fillette, âgée d’environ trois ans, s’approcher de son père en pleurant :

« Papaaaaaa! Il y a des grands dans la glissade qui nous donnent des tapes et nous empêchent de glisser! »

Sans lever les yeux de son journal, le papa répond à sa fille :

« Bah! Laisse-les faire. Va jouer dans la petite maison à la place… »

Au terrain de jeu, deux garçons âgés d’environ sept ou huit ans « font la loi » dans le module de jeu. Ils contrôlent les plus petits, décident lequel monte ou pas et jouent les fiers-à-bras. En ricanant, l’un d’eux va même jusqu’à cracher sur une fillette de quatre ans. Témoin de la scène, le père va dire sa façon de penser aux deux malotrus et quitte le parc avec sa fille.

Qu’est-ce qui ne va pas dans ces deux situations?

Ces enfants étaient victimes de violence et d’intimidation et aucun des parents ne leur a enseigné à se défendre.

Le premier parent envoie le message suivant à sa fille : laisser faire et l’autre: attendre qu’un adulte la défende. Bientôt, dans la cour d’école, ces petites n’auront aucun outil pour faire face aux situations de conflit et risquent donc de céder devant l’adversité ou de rechercher constamment la protection de l’adulte. Pourtant, ces deux situations constituaient de formidables occasions d’enseigner l’affirmation de soi à ces fillettes.

Généralement, les parents enseignent assez tôt aux enfants toutes les habiletés qui feront d’eux des personnes agréables à côtoyer : le respect des autres, l’empathie, le partage, l’accueil et l’entraide. Mais que désire-t-on vraiment pour nos jeunes? Qu’ils soient aimés ou heureux? Qu’est-ce qui est prioritaire? Le respect des autres ou le respect de soi?

L’affirmation de soi est d’une importance capitale dans toutes les relations actuelles et futures de l’enfant.

En effet, la capacité à affirmer sa pensée et son opinion demeure l’une des bases des compétences sociales, compétence qui permet à l’enfant et à l’adulte de prendre plus facilement leur place dans un groupe, à l’école ou au travail. Les gens qui démontrent de l’assurance ont généralement plus d’amis, trouvent de meilleurs emplois et attirent davantage le respect de leur entourage. 

Voici quelques exemples d’attitudes affirmatives :

  • Dire son opinion, même si elle diffère de celle des autres, sans craindre les moqueries.
  • Aller vers les autres, proposer des jeux ou des activités sans avoir peur du rejet. N’être ni « petit boss », ni « suiveux. »
  • Refuser de faire des choses qui vont à l’encontre de ses valeurs, ne pas se laisser influencer.
  • Négocier et faire des compromis avec ses amis sans toujours les laisser décider pour éviter de déplaire.
  • Dire ce qui nous dérange sans adopter une attitude plaintive.
  • Prendre soin des autres et les respecter, mais accepter aussi de ne pas toujours être gentil et conciliant, de ne pas toujours être aimé de tous.
  • Parfois, s’affirmer c’est aussi se mettre en colère et monter le ton quand quelqu’un nous agresse, sans pour autant utiliser la violence ni prononcer des paroles injurieuses. 

Comment puis-je aider mon enfant à développer sa capacité à s’affirmer sainement?

  • Être un bon modèle et appliquer, dans le quotidien, les valeurs de respect, de non-violence et d’affirmation.
    .
  • Ne pas jouer à l’arbitre dans les querelles d’enfants et surtout résister à la tentation de défendre celui qui s’affirme le moins. Si Maxime vient se plaindre que Julie lui a volé son jouet, regardez avec lui ce qu’il peut faire pour récupérer son bien et affirmer son désaccord à sa sœur plutôt que d’aller intervenir vous-même auprès de sa sœur. Profitez de ces querelles pour entraîner votre enfant à s’affirmer : au besoin, pratiquez avec lui le ton, les paroles et la posture avant de l’accompagner devant sa sœur. Appuyez-le au besoin, mais laissez toujours l’enfant se défendre lui-même en premier. La maison est un merveilleux laboratoire où il est possible d’expérimenter.
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  • Encouragez les enfants à exprimer leurs émotions, qu’elles soient positives ou négatives. Au besoin, nommez l’émotion que vous croyez que l’enfant vit : « Tu dois être fier de toi! », « Ho! Tu sembles déçu de … », « Tu as raison d’être fâché contre ta sœur, mais tu n’as pas le droit de la pousser! Viens le lui dire avec des mots! ».
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  • Demandez régulièrement aux enfants leur avis sur divers sujets et valorisez l’expression d’opinions différentes : « Ha oui? Toi tu trouves que …. Pourquoi penses-tu cela? Et toi, Maxime, qu’en penses-tu? » Intéressez-vous vraiment à leur opinion, ne faites pas que tenter de les influencer.
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  • En voiture ou durant les temps libres, jouez à « Que ferais-tu si… » et faites des mises en situation dans lesquelles l’enfant doit déterminer la bonne façon de réagir à des problèmes. « Admettons que Noémie t’arrache la poupée des mains, que pourrais-tu faire? »

Néanmoins, rappelons que l’apprentissage du juste équilibre entre la gentillesse et l’affirmation de soi reste un processus à long terme. Au cours des prochaines années, de nombreuses situations se présenteront inévitablement permettant d’approfondir toutes les subtilités de l’art de mettre des limites aux autres tout en se montrant respectueux.

Je vous encourage donc à en commencer l’apprentissage, dès maintenant, afin que vos enfants soient mieux outillés à faire face, avec assurance et confiance en soi, aux différentes situations qui se présenteront tout au long de leur cheminement scolaire.

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  Nancy Doyon

  COACH FAMILIAL, ÉDUCATRICE SPÉCIALISÉE
  AUTEURE, CONFÉRENCIÈRE
  PRÉSIDENTE de SOS Nancy
  et de L’école de coaching familiale Nancy Doyon
  
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Pour lire mon article précédent: Le mensonge chez les enfants

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Crédits photo: Modestas Jonauskas

À propos de Nancy Doyon

Coach familial Présidente de SOS Nancy Directrice de l'école de coaching familial Auteur, conférencière, chroniqueuse Retrouvez Nancy sur Facebook

5 commentaires

  1. Astou

    12 novembre 2014 at 9 h 30 min

    Mme Nancy, vous ne nous avez pas expliqué comment gérer les 2 cas en exemple vous avez seulement précisé que les deux papas ne devaient pas avoir les réactions qu’ils ont eues. Ces réactions de fuite en avant n’aident pas les filles en situation. Alors comment procéder ?

  2. Gaspard

    12 novembre 2014 at 10 h 04 min

    Oui, vous ne nous avez pas expliqué cela.

    Pour ma part, j’encouragerais ma fille ou mon garçon à émettre son avis devant les autres (et donc à s’affirmer) tout en l’accompagnant de loin (« vas-y, je te regarde »), au cas où les plus grands se montreraient trop persécuteurs. Dans ce cas, j’interviendrais en appuyant les propos de mon enfant, et en expliquant aux plus grands qu’ils ne sont pas les seuls à vouloir s’amuser.

    Qu’en pensez-vous ? C’est une situation intéressante en tout cas.
    Merci.

  3. Baptiste

    14 novembre 2014 at 22 h 16 min

    Mmmh… cet article plein de chose bien fondées me déplait pourtant (malgré plein de bonnes attitudes qui y sont dites).

    D’abord, on N’appends PAS à un enfant à « se défendre »!!! Phrase marquée en guise d’intro… Apprendre à « gérer la situation » aurait été plus approprié.

    De plus, si l’enfant apprends à s’affirmer face à l’opposition, rejeter le recours aux parents est absolument déplacé (dans mon opinion).
    Les parents doivent rester le recours à l’autorité supérieure en cas de problème grave et l’enfant doit le savoir.

    Aussi, dénigrer le parent proposant d’aller jouer ailleurs ne fait pas l’apprentissage de la relativisation des problèmes. (Je ne parle pas de « fuir » chaque fois, loin de là, mais d’apprendre à faire des choix en fonction des contraintes.)

    Désolé

  4. guer

    28 novembre 2014 at 6 h 25 min

    dans la théorie, tout semble souvent très simple… surtout quand on n’est pas dans la situation au vif du sujet… quand on regarde les autres, on a toujours de meilleurs idées sur la manière dont ils devraient agir… Il existe tant de beaux parleurs ou parleuses… (type conférenciers : mais faudrait les voir avec leurs propres enfants…) et beaucoup moins de beaux « agisseurs »… lol qui en général ne sont pas à « moraliser » les autres…
    Ce qui est dit ici est intéressant toutefois, mais il me semble qu’il n’y a pas de recette toute faite qui s’adapterait à chaque enfants… et il suffit d’un peu d’empathie avec son enfant et de sentir en soi ce qui est juste selon l’enfant, et la situation au moment où les choses se passent… Trop facile pour quelqu’un d’extérieur à la situation, qui ne connait pas l’enfant, ni ce qu’il y avait en amont, ni ce qu’il y aurait après de venir faire ses petits commentaires sur comment il convient d’agir…

  5. Francis

    28 novembre 2014 at 7 h 13 min

    L’enfant doit pouvoir intégrer qu’il peut avoir recours à ses parents en cas de danger. Et c’est ce qui intérieurement va le sécuriser. Néanmoins à mon sens, le recours aux parents ne doit pas devenir systématique. Il est important que l’enfant puisse compter sur lui pour régler ses petits pépins. Dans le cas de situations trop compliquées à gérer pour l’enfant, le parent reste le référent. Il y a effectivement à faire confiance à son ressenti, chaque situation étant différente, il s’agira d’évaluer la pertinence d’intervenir ou non, ou de laisser débrouiller son enfant, expérience qui sera donc formatrice et porteuse pour l’avenir de son développement. Cdt.

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